Cet article fait partie de notre guide : Ado : le guide des parents, de 11 à 18 ans
Harcèlement scolaire : le guide pour les parents
Selon la DEPP, service statistique du ministère de l’Éducation nationale (note d’information 25.43, juillet 2025), en novembre 2024, 3 % des écoliers, 5 % des collégiens et 3 % des lycéens décrivaient des situations s’apparentant à du harcèlement scolaire. C’est un délit depuis la loi du 2 mars 2022. Une seule porte pour demander de l’aide, à toute heure ou presque : le 3018, gratuit et anonyme, de 9 h à 23 h, 7 jours sur 7. Et un premier réflexe : écouter votre enfant, sans le juger.
Sommaire 10 parties
Vous lisez peut-être cet article tard le soir, parce qu’un détail vous inquiète : un ventre qui fait mal chaque matin, un cartable qui revient sans trousse, un enfant qui ne parle plus de ses copains. Respirez. Repérer un problème tôt est déjà la meilleure protection, et il existe des démarches claires, décrites par l’Éducation nationale. Ce guide en donne la vue d’ensemble ; l’outil « que faire » vous remet ensuite un plan daté et un courrier à la direction.
Qu’est-ce que le harcèlement scolaire et combien d’élèves sont concernés ?
Selon service-public.gouv.fr (fiche vérifiée le 4 novembre 2025), un élève est victime de harcèlement scolaire quand il subit, de manière répétée, des violences verbales, morales ou physiques de la part d’un ou plusieurs autres élèves : insultes, moqueries, brimades, rejet d’un groupe, bousculades, coups, vols. Ces faits peuvent avoir lieu dans l’établissement comme en dehors, notamment en ligne.
Deux mots comptent : répété et élèves. Une dispute isolée n’est pas du harcèlement ; une moquerie qui revient chaque semaine, si. Pour les chiffres, la DEPP mesure chaque année, lors de la journée nationale de novembre, la part d’élèves qui déclarent subir des atteintes répétées : 3 % des écoliers (du CE2 au CM2), 5 % des collégiens et 3 % des lycéens en 2024, des proportions stables par rapport à l’année précédente. La DEPP relève aussi que 18 % des écoliers, 7 % des collégiens et 5 % des lycéens présentent des signaux de vulnérabilité. Ces mesures reposent sur un questionnaire rempli par les élèves : elles décrivent une réalité, pas un fichier de victimes.
Le harcèlement scolaire est-il un délit ? Que dit la loi ?
Selon service-public.gouv.fr (2025), le harcèlement scolaire est une infraction punie par la loi, inscrite au Code pénal (article 222-33-2-3) par la loi du 2 mars 2022. Un mineur de moins de 13 ans ne va pas en prison et ne paie pas d’amende ; à partir de 13 ans, la peine peut atteindre 1 an et demi de prison et 7 500 € d’amende, davantage si l’incapacité dépasse 8 jours.
Pour un adulte, la peine maximale est de 3 ans de prison et 45 000 € d’amende, portée à 5 ans et 75 000 € au-delà de 8 jours d’incapacité, et à 10 ans et 150 000 € si la victime se suicide ou tente de le faire. La victime, accompagnée de son représentant légal, a 6 ans après les faits pour porter plainte. Rappelons l’essentiel : la loi existe, mais l’immense majorité des situations se traitent d’abord avec l’établissement, sans tribunal.
Quels signes doivent alerter un parent ?
Selon le ministère de l’Éducation nationale (rubrique « Non au harcèlement », 2025), les signes d’alerte touchent la santé, le comportement et la scolarité : maux de ventre, troubles du sommeil, anxiété, retards, matériel perdu, chute des résultats, absences, repli sur soi. Aucun de ces signes ne prouve un harcèlement à lui seul : c’est leur répétition et leur brusquerie qui doivent vous alerter.
Voici les repères les plus souvent décrits, à lire comme des pistes de conversation et non comme un test.
Sur le corps et le sommeil
Des maux de ventre ou de tête surtout le matin, des nausées avant de partir, un sommeil agité ou des cauchemars, un appétit qui change, de la fatigue sans raison. Chez le plus jeune, cela peut aussi être des pleurs faciles, des colères nouvelles ou un retour de l’énurésie. Ces symptômes sont réels, même sans cause médicale : votre médecin traitant peut faire le point.
Dans le comportement
Un enfant qui devient triste, irritable ou silencieux, qui ne parle plus de ses camarades, qui refuse les invitations ou les activités qu’il aimait, qui se dévalorise (« je suis nul », « personne ne m’aime »). Certains cachent la situation par peur de vous inquiéter ou de rendre les choses pires.
À l’école et dans les affaires
Des affaires perdues, abîmées ou « prêtées » sans retour, de l’argent de poche qui disparaît, des retards répétés, des résultats qui baissent, un refus d’aller à l’école. Un enfant qui dit ne plus vouloir y retourner mérite qu’on l’écoute vraiment, quelle qu’en soit la cause : notre article sur la phobie scolaire et le refus scolaire anxieux aide à faire la part des choses.
Avec le téléphone et les écrans
Une nervosité soudaine à la réception d’un message, un téléphone caché ou éteint d’un coup, un enfant qui quitte les réseaux sans explication. Le cyberharcèlement prolonge les faits à la maison, à toute heure : voir notre article sur le cyberharcèlement de l’enfant et les repères sur les écrans de l’enfant.
Ce qui est banal, et ce que vous pouvez dire
Les dents serrées un lundi, une semaine de déprime après une dispute, cela arrive à tous les enfants. Ce qui alerte, c’est la durée et l’accumulation. Pour ouvrir la parole, une phrase suffit : « Je remarque que tu as l’air triste ces temps-ci, j’ai envie de comprendre, et quoi que ce soit, tu n’y es pour rien. » Un enfant qui se sent différent peut être plus exposé : un élève avec un trouble des apprentissages ou un TDAH mérite une vigilance particulière.
Que faire quand son enfant est harcelé ?
Selon service-public.gouv.fr (2025), un parent d’élève victime doit contacter la direction de l’établissement, qui est tenue de suivre un protocole de prise en charge, et peut appeler le 3018 ; il ne doit pas tenter de régler le problème en contactant l’auteur des faits. Le cœur de la démarche tient en quatre gestes : écouter, noter, écrire, relancer.
- Écouter et croire votre enfant, lui dire que ce n’est pas de sa faute.
- Noter les faits : dates, lieux, témoins, phrases exactes, captures d’écran pour ce qui est en ligne.
- Écrire à la direction pour demander un rendez-vous : école, collège ou lycée, la démarche est la même, et le courrier date votre alerte.
- Relancer et monter d’un cran si rien ne bouge : référent harcèlement du département ou de l’académie, puis plainte si nécessaire.
L’outil « Que faire face au harcèlement scolaire » adapte ces étapes à votre situation (niveau de l’enfant, nature des faits, école déjà prévenue ou non), donne des repères de dates et rédige le courrier. Il ne pose aucun diagnostic et rien de ce que vous saisissez n’est enregistré.
Et si mon enfant est l’auteur du harcèlement ?
Selon service-public.gouv.fr (2025), l’établissement ouvre une procédure disciplinaire contre l’auteur : sanctions possibles jusqu’à l’exclusion définitive, ou une radiation avec affectation dans un autre établissement quand son comportement met en danger les autres élèves. Sur le plan pénal, un mineur de moins de 13 ans ne va pas en prison. Les sanctions ne sont pas la seule réponse : comprendre et réparer compte tout autant.
Apprendre que son enfant fait du mal à un autre est un choc, et il n’y a aucune honte à l’éprouver. Quelques pistes, sans jugement : laisser l’enfant s’expliquer sans le humilier, lui faire entendre ce que l’autre a ressenti, coopérer avec l’établissement plutôt que le défendre par réflexe, et chercher ce qui se joue derrière (colère, envie d’appartenir à un groupe, difficulté que l’enfant vit lui-même). Un enfant qui harcèle n’est pas « un mauvais enfant » : c’est un enfant qui a besoin d’être aidé à changer de comportement. Le médecin traitant ou le psychologue de l’Éducation nationale peuvent accompagner cette démarche.
Quelles conséquences pour l’enfant victime, l’auteur et les témoins ?
Selon service-public.gouv.fr (2025), le harcèlement scolaire entraîne une dégradation des conditions de vie de l’élève victime, qui se manifeste notamment par l’anxiété, la chute des résultats scolaires et la dépression. Ces effets sont ceux que l’on cherche à éviter en agissant tôt, avant que la situation ne s’installe.
Pour la victime, les conséquences sont psychologiques (anxiété, perte de confiance), scolaires (absences, résultats en baisse) et parfois physiques (sommeil, douleurs). L’appui d’un professionnel de santé aide à la traverser, et service-public.gouv.fr précise que le chef d’établissement peut conseiller une prise en charge par le médecin traitant ou une structure hospitalière. Pour l’auteur, les conséquences sont disciplinaires et, selon l’âge, pénales (voir plus haut). Les témoins, eux, sont souvent mal à l’aise : ils peuvent et doivent prévenir un adulte de l’établissement ou appeler le 3018.
Qu’est-ce que le programme pHARe et la journée nationale ?
Selon l’IH2EF, l’institut de formation du ministère (circulaire du 2 février 2024), le programme pHARe organise la prévention et la réponse au harcèlement dans chaque école, collège et lycée : formation des personnels et des élèves, politique de prévention, protocole de prise en charge. Les établissements peuvent obtenir un label pHARe à trois niveaux : engagement, approfondissement, expertise.
Au collège, service-public.gouv.fr indique que le programme comprend un questionnaire d’auto-évaluation des élèves au moins une fois par an, 10 heures d’apprentissage par an consacrées à la prévention, la formation d’au moins 5 personnels ressources par collège et celle d’élèves ambassadeurs. Chaque année a lieu la journée nationale de lutte contre le harcèlement à l’école, le premier jeudi qui suit les vacances d’automne : ce sera le jeudi 5 novembre 2026. Les élèves y remplissent le questionnaire dont la DEPP tire ses statistiques.
Quels numéros appeler pour le harcèlement scolaire ?
Selon service-public.gouv.fr (2025), le 3018 est le numéro national pour les victimes de harcèlement : ouvert 7 jours sur 7, de 9 h à 23 h, appel gratuit et anonyme, il permet de signaler une situation, de poser ses questions et d’obtenir conseils et soutien. Il existe aussi en application mobile. Il est aussi ouvert aux témoins et aux parents.
Une précision utile, car beaucoup d’anciens documents en parlent : le 3020, longtemps dédié au harcèlement à l’école, n’est plus en service, le 3018 étant devenu le numéro unique pour le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement depuis le 1er janvier 2024 (source : MAE, à partir des annonces du plan interministériel de septembre 2023). Si vous craignez pour la vie de votre enfant, appelez le 15 ou le 112 ; le 3114 (prévention du suicide, 24 h sur 24) écoute aussi les proches.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre harcèlement et dispute entre élèves ?
Selon service-public.gouv.fr (2025), il y a harcèlement quand les violences verbales, morales ou physiques sont répétées et viennent d’un ou plusieurs élèves envers un autre. Une dispute isolée entre deux camarades, où chacun se défend, n’en est pas. Le rapport de force inégal et la répétition font la différence. En cas de doute, notez les faits et demandez l’avis de la direction.
Qui contacter en premier en cas de harcèlement à l’école ?
Selon service-public.gouv.fr (2025), la direction de l’école ou de l’établissement est le premier interlocuteur du parent, car c’est elle qui doit déclencher le protocole de prise en charge. Le 3018, gratuit et anonyme, peut être appelé en parallèle pour un conseil. Si la situation ne s’améliore pas, le référent harcèlement de la DSDEN ou de l’académie prend le relais.
Le harcèlement scolaire est-il puni par la loi ?
Oui. Selon service-public.gouv.fr (2025), le harcèlement scolaire est un délit depuis la loi du 2 mars 2022 (article 222-33-2-3 du Code pénal). Les peines dépendent de l’âge de l’auteur et de la gravité des conséquences : de 1 an et demi de prison et 7 500 € d’amende pour un mineur de 13 ans ou plus, jusqu’à 3 ans et 45 000 € pour un majeur, avec des peines plus lourdes en cas d’incapacité supérieure à 8 jours.
Quel est le délai pour porter plainte ?
Selon service-public.gouv.fr (2025), la victime dispose de 6 ans après les faits pour déposer plainte, au commissariat, à la gendarmerie ou par courrier au procureur de la République. Elle peut être accompagnée de son représentant légal. Un mineur n’a pas à attendre la majorité pour agir : ses parents peuvent porter plainte pour lui, avec le certificat médical et les preuves conservées.
Mon enfant refuse d’aller à l’école : est-ce forcément du harcèlement ?
Non, pas forcément. Un refus d’aller à l’école peut venir d’un harcèlement, d’une anxiété, d’une difficulté d’apprentissage ou d’autre chose. Dans tous les cas il doit être pris au sérieux, parlé avec votre enfant, puis avec le médecin traitant et l’équipe de l’établissement. Plus vous en parlez tôt, plus les solutions sont simples à mettre en place.
Le 3018 remplace-t-il le 3020 ?
Oui. Le 3020, ancien numéro contre le harcèlement à l’école, n’est plus en service : le 3018 est le numéro unique pour le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement, joignable 7 jours sur 7 de 9 h à 23 h, gratuit, anonyme et confidentiel, y compris pour les parents et les témoins. Si un ancien document mentionne encore le 3020, appelez le 3018.
Pour aller plus loin
- L’outil Que faire face au harcèlement scolaire : plan d’action et courrier
- Cyberharcèlement de l’enfant : le 3018 et les preuves en ligne
- Phobie scolaire et refus scolaire anxieux : démarches et accompagnement
- PPRE, PAP, PPS, PAI : quel dispositif ? pour les élèves à besoins particuliers
- Conseil de classe : le guide des parents et comprendre le bulletin scolaire
Sources
- service-public.gouv.fr, harcèlement scolaire au collège et au lycée (fiche vérifiée le 4 novembre 2025)
- justice.fr, harcèlement scolaire à l’école primaire (mise à jour du 4 novembre 2025)
- Ministère de l’Éducation nationale (DEPP), note d’information 25.43, juillet 2025
- Ministère de l’Éducation nationale, Qu’est-ce que le harcèlement ?
- Ministère de l’Éducation nationale, pHARe : un dispositif de lutte contre le harcèlement à l’école
- Ministère de l’Éducation nationale, journée nationale de lutte contre le harcèlement à l’école
- IH2EF, lutte contre le harcèlement scolaire (circulaire du 2 février 2024)
- Légifrance, loi n° 2022-299 du 2 mars 2022 visant à combattre le harcèlement scolaire
- MAE, fin du 3020 et 3018 numéro unique
- Association e-Enfance, le 3018
- 3114, numéro national de prévention du suicide
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