Déclenchement de l'accouchement : quand, comment et combien de temps
L’essentiel : selon l’Enquête nationale périnatale 2021 (Inserm, DREES), 25,8 % des accouchements sont déclenchés en France, contre 22,0 % en 2016, soit environ une femme sur quatre. Les premiers motifs sont le post-terme ou sa prévention (23,5 %) et la rupture prématurée des membranes (20,4 %). Une maturation du col précède le déclenchement dans 69,2 % des cas, par prostaglandines intravaginales (48,7 %), ballonnet (23,9 %) ou misoprostol (17,2 %). Selon la Haute Autorité de santé (recommandation d’avril 2008), un déclenchement est recommandé à 41 semaines d’aménorrhée + 6 jours en l’absence d’accouchement.
Le mot fait peur, souvent plus que la réalité. Un déclenchement, c’est mettre en route le travail au lieu de l’attendre, avec des méthodes précises, des indications encadrées et un droit de regard qui vous appartient. Pour situer où vous en êtes par rapport au terme, notre outil sur la date réelle d’accouchement donne la probabilité de naissance semaine par semaine.
Dans quels cas propose-t-on un déclenchement ?
Selon la Haute Autorité de santé (recommandation « Déclenchement artificiel du travail à partir de 37 semaines d’aménorrhée », avril 2008), si la femme enceinte n’a pas accouché à 41 SA + 0 jour, une surveillance fœtale toutes les 48 heures est recommandée, et « en l’absence d’accouchement, à 41 SA + 6 jours, il est recommandé de réaliser un déclenchement, éventuellement précédé d’une maturation cervicale par prostaglandines ». Un déclenchement est aussi possible dès 41 SA + 0 jour si le col est favorable, avec l’accord de la femme.
En France, le terme théorique est fixé à 41 SA et on parle de terme dépassé à partir de 42 SA. Les autres motifs, d’après l’Enquête nationale périnatale 2021 :
| Motif | Part des déclenchements (ENP 2021) |
|---|---|
| Post-terme ou prévention du post-terme | 23,5 % |
| Rupture prématurée des membranes | 20,4 % |
| Autre anomalie de la vitalité fœtale | 10,5 % |
| Diabète gestationnel ou préexistant | 9,5 % |
| Suspicion de macrosomie | 8,5 % |
| Pathologie maternelle hypertensive | 8,0 % |
Il existe aussi le déclenchement dit de convenance, ou accouchement programmé, que la HAS encadre strictement : utérus non cicatriciel, terme précis, à partir de 39 SA + 0 jour, col favorable et accord de la patiente après information sur les modalités et les risques.
Quelles sont les méthodes de déclenchement ?
Selon l’Enquête nationale périnatale 2021 (Inserm, DREES), une maturation du col est employée dans 69,2 % des déclenchements en France, contre 61,9 % en 2016. Quand le col est déjà favorable, le déclenchement démarre directement par de l’ocytocine seule (20,6 % des cas) ou par une rupture artificielle des membranes, seule ou associée à l’ocytocine (10,2 %).
Les méthodes se répartissent en deux familles. Faire mûrir le col, quand il est encore fermé et tonique :
- Les prostaglandines E2, en dispositif intravaginal (48,7 % des maturations en première intention) ou en gel (9,7 %). La HAS précise que la voie intravaginale doit être privilégiée, moins agressive à efficacité égale, et que les prostaglandines sont préférables à l’ocytocine quand le col est immature.
- Le ballonnet, deuxième méthode en France avec 23,9 % des maturations.
- Le misoprostol par voie orale (17,2 %), autorisé en France depuis 2018 dans cette indication.
- Le décollement des membranes, réalisé au cours d’un toucher vaginal. La HAS le classe en grade A comme proposition possible, tout en précisant qu’il « ne provoque pas à chaque fois le déclenchement de l’accouchement », qu’il peut être douloureux et entraîner des saignements.
Déclencher les contractions, quand le col est prêt : la perfusion d’ocytocine, hormone de synthèse qui reproduit les contractions du travail, et l’amniotomie, c’est-à-dire la rupture artificielle de la poche des eaux, le plus souvent associée à l’ocytocine. La HAS ajoute une consigne valable pour toutes les méthodes : « le déclenchement artificiel du travail, quelle que soit la méthode, doit être réalisé à proximité d’une salle de césarienne ».
Comment se passe un déclenchement par ballonnet ?
Selon l’Enquête nationale périnatale 2021 (Inserm, DREES), le ballonnet représente 23,9 % des méthodes de maturation cervicale utilisées en première intention en France, deuxième technique après les prostaglandines intravaginales. C’est une méthode mécanique : une petite sonde souple est placée dans le col, puis un ou deux ballonnets sont gonflés de sérum physiologique de part et d’autre de l’orifice, exerçant une pression douce qui fait mûrir le col.
À noter : la recommandation HAS de 2008 indiquait que « l’utilisation de la sonde de Foley n’est pas recommandée en routine dans le déclenchement artificiel du travail ». La pratique française a évolué depuis, notamment parce que le ballonnet n’utilise aucun médicament. Si votre maternité vous le propose, demandez pourquoi elle privilégie cette méthode dans votre situation.
Combien de temps dure un déclenchement ?
Selon la Haute Autorité de santé (recommandation d’avril 2008), lorsqu’il existe une indication médicale, « si le col est fermé, on fera une application de prostaglandines par voie vaginale. Dans certains cas, une deuxième application sera nécessaire. » L’ordre de grandeur est là : la maturation du col se compte en heures, parfois sur une nuit entière, et demande parfois deux temps avant que le travail ne démarre.
Une fois le travail installé, la durée suit celle d’un accouchement spontané : selon l’Assurance maladie, environ 8 heures de dilatation pour un premier bébé et 4 heures pour les suivants, puis une trentaine de minutes d’expulsion. Un déclenchement peut donc s’étaler sur 24 à 48 heures, dont une grande partie en attente, ou se dérouler en quelques heures si le col était déjà favorable. Le détail des phases figure dans combien de temps dure un accouchement.
Un accouchement déclenché est-il plus douloureux ?
Selon la Haute Autorité de santé (recommandation d’avril 2008), le déclenchement entraîne « généralement des contractions de forte intensité qui peuvent être plus douloureuses qu’un début de travail spontané ». C’est une information officielle, pas une rumeur, et elle a une conséquence pratique : la prise en charge de la douleur se prépare dès le début. Sa recommandation sur l’accouchement normal ajoute qu’« il n’y a pas lieu d’exiger une dilatation cervicale minimale pour proposer une analgésie locorégionale à une femme en travail ». Vous n’avez donc pas à « mériter » une péridurale en atteignant un nombre de centimètres.
Côté risques, la HAS mentionne, comme lors d’un accouchement spontané, la possibilité de contractions excessives de l’utérus ou d’un arrêt de la dilatation nécessitant une césarienne, complications « un peu plus fréquentes lorsque le déclenchement a lieu sur un col qui n’est pas favorable ». C’est pour cela que la maturation du col précède sept déclenchements sur dix.
Peut-on déclencher l’accouchement naturellement ?
Selon la Haute Autorité de santé (recommandation d’avril 2008), « les données disponibles ne permettent pas de conclure sur l’intérêt de l’utilisation de l’acupuncture ou de l’homéopathie pour induire le travail », et la mifépristone « ne s’est pas révélée efficace pour induire la maturation cervicale et l’induction du travail » (grade A). Ce sont les seules méthodes alternatives que la recommandation française a évaluées, et aucune n’est retenue.
Pour les autres pistes qui circulent, marche, rapports sexuels, tisanes, ananas, huile de ricin ou plats épicés, la réponse honnête est qu’aucune recommandation française ne les évalue ni ne les valide. Elles ne sont pas interdites pour autant, bouger et vivre normalement en fin de grossesse est bénéfique, mais aucune ne fait démarrer un travail qui n’est pas prêt.
Deux réserves : l’huile de ricin provoque des effets digestifs parfois violents et n’est pas une méthode encadrée, et les tisanes de fin de grossesse se discutent avec votre sage-femme avant d’être consommées. Le seul geste manuel reconnu par la HAS est le décollement des membranes, réalisé par un professionnel, pas à la maison.
Peut-on refuser un déclenchement ?
Selon la Haute Autorité de santé (recommandation d’avril 2008), la femme enceinte doit être informée de « sa liberté de refuser le déclenchement artificiel de son accouchement s’il lui est proposé pour des raisons liées à l’organisation de la maternité, en précisant que son refus n’aura pas de conséquences sur la qualité des soins qui lui seront prodigués ». Dans le cas d’un déclenchement de convenance demandé par la patiente, celle-ci peut aussi changer d’avis tant que le processus n’a pas été mis en œuvre.
Quatre questions utiles à poser à l’équipe : quelle est l’indication médicale précise dans mon cas ; mon col est-il favorable et une maturation est-elle prévue ; que se passe-t-il si j’attends encore 24 ou 48 heures, avec quelle surveillance ; comment la douleur sera-t-elle prise en charge, et à partir de quand. Ces questions ne sont pas une défiance : la HAS prévoit elle-même qu’une note d’information écrite complète l’information orale.
Questions fréquentes
À partir de quel terme déclenche-t-on en France ?
Selon la Haute Autorité de santé, la surveillance fœtale débute toutes les 48 heures à partir de 41 SA + 0 jour, et un déclenchement est recommandé à 41 SA + 6 jours en l’absence d’accouchement. Il peut être réalisé plus tôt, dès 41 SA + 0 jour, si le col est favorable et avec votre accord. Un déclenchement sans indication médicale n’est envisageable qu’à partir de 39 SA + 0 jour.
Quelle est la différence entre maturation du col et déclenchement ?
La maturation prépare un col fermé et tonique à l’aide de prostaglandines, d’un ballonnet ou de misoprostol : elle ne provoque pas encore le travail. Le déclenchement proprement dit met en route les contractions, par ocytocine et rupture de la poche des eaux. Selon l’Enquête nationale périnatale 2021, une maturation précède le déclenchement dans 69,2 % des cas en France, ce qui explique la durée d’attente souvent longue.
Le déclenchement augmente-t-il le risque de césarienne ?
Selon l’Enquête nationale périnatale 2021, le taux global de césarienne est resté stable en France, à 21,4 % en 2021 contre 20,3 % en 2016, alors que les déclenchements augmentaient. Le rapport cite plusieurs essais internationaux qui n’ont pas retrouvé d’augmentation du taux de césarienne chez les femmes déclenchées. La HAS souligne en revanche que les complications sont un peu plus fréquentes sur un col non favorable.
Peut-on avoir une péridurale lors d’un déclenchement ?
Oui. La Haute Autorité de santé précise qu’il n’y a pas lieu d’exiger une dilatation cervicale minimale pour proposer une analgésie locorégionale, possible dès l’admission en salle de naissance, la demande étant guidée par la douleur ressentie. Selon l’Enquête nationale périnatale 2021, 82,7 % des femmes ont bénéficié d’une analgésie péridurale en France. Parlez-en dès votre arrivée.
Que se passe-t-il si le déclenchement ne marche pas ?
Il arrive que le col ne se modifie pas malgré la maturation. L’équipe peut alors proposer une seconde application de prostaglandines, la HAS précisant que « dans certains cas, une deuxième application sera nécessaire », prolonger la surveillance, ou envisager une césarienne. Cette décision se prend au cas par cas, avec vous : un échec de déclenchement n’est pas un échec personnel.
Combien de femmes sont déclenchées en France ?
Selon l’Enquête nationale périnatale 2021 (Inserm, DREES), 25,8 % des femmes ont eu un déclenchement du travail, contre 22,0 % en 2016 : environ une sur quatre. Le taux varie de 20,7 % en Auvergne-Rhône-Alpes à 29,1 % en Île-de-France, et monte à 34,4 % pour les grossesses gémellaires. Vous n’êtes donc pas dans une situation rare.
Pour aller plus loin
- Repérer si le travail démarre seul : signes que l’accouchement approche
- Le premier motif après le terme dépassé : perdre les eaux
- Les durées à prévoir : combien de temps dure un accouchement
- Comprendre votre terme : comment est calculée la date d’accouchement et la date réelle d’accouchement
- Le jour J : le minuteur de contractions
- Un déclenchement se programme : arrivez avec la valise prête et la pochette de documents à part
Sources
- Déclenchement artificiel du travail à partir de 37 semaines d’aménorrhée, recommandations (HAS, avril 2008)
- Déclenchement artificiel du travail à partir de 37 semaines d’aménorrhée, page de la recommandation (HAS)
- Accouchement normal : accompagnement de la physiologie et interventions médicales (HAS, décembre 2017, actualisation novembre 2023)
- Enquête nationale périnatale 2021, rapport (Inserm, DREES, Santé publique France)
- Comment se déroule un accouchement ? (ameli.fr, Assurance maladie)
Cet article est informatif et ne remplace pas l’avis de votre sage-femme ou de votre médecin. Aucune méthode de déclenchement ne doit être tentée seule à la maison : parlez-en à l’équipe qui vous suit.
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